Interview de S.Raux.
Source :
Ouest France
Simon Raux : « Créer un véritable rayonnement autour de Valenciennes »
Ancien cadre technique départemental, Simon Raux est depuis 2022 le directeur de l’académie du Valenciennes FC. Sa trajectoire raconte une montée progressive vers les plus hautes responsabilités en matière de formation. Il s’est confié au micro de l’émission 100% Football amateur sur RGB 99.2 FM
Qu’est-ce qui t’a motivé à rejoindre le Valenciennes FC en 2016 ?
« J’ai été approché à l’époque par le président Eddy Zdziech, alors président du VFC, qui m’a demandé d’intégrer le club. Sa volonté était de replacer le territoire au cœur du projet du Valenciennes FC. Comme j’étais très identifié dans le département et que j’occuperais le poste de CTD, il a sans doute vu l’occasion de bâtir une dynamique en fédérant les clubs du secteur. L’objectif était de créer un véritable rayonnement autour de Valenciennes, avec un projet de recrutement des jeunes d’abord local et régional. »
Comment ton expérience au niveau départemental a-t-elle influencé ta méthode de formation au club ?
« Lorsque l’on entraîne des jeunes, on dispose d’un véritable laboratoire. En travaillant plusieurs années avec différentes catégories, on peut tester, ajuster et faire évoluer sa méthode. Dans le cadre des sections sportives, que j’ai encadrées longtemps, nous étions accompagnés et orientés par la DTN, avec un suivi intéressant. Par ailleurs, les formations d’entraîneurs auxquelles j’ai participé m’ont permis d’aller jusqu’au statut de formateur. À travers ces formations, on rencontre des cadres variés, chacun avec sa vision. On prend certains éléments, on en laisse d’autres, et progressivement on construit ce qui nous semble le plus cohérent pour notre projet technique et pour la stratégie que l’on souhaite déployer autour des jeunes. »
Simon Raux : « Nous avons mis en place un vaste réseau de clubs partenaires »
Quel changement as-tu apporté depuis que tu es directeur de l’Académie ?
« Le changement le plus significatif tient à l’orientation qui m’a été confiée dès mon recrutement : régionaliser le centre de formation, c’est-à-dire s’appuyer majoritairement sur des joueurs issus du bassin local. Nous avons la chance d’évoluer dans une région très riche en football, les Hauts-de-France, avec environ 1 200 clubs et 200 000 licenciés. Cette densité permet de porter un projet de ce type, car nous sommes entourés de clubs amateurs qui travaillent très bien. Nous avons mis en place un vaste réseau de clubs partenaires, au nombre de 60 aujourd’hui. »
Le projet a donc évolué…
« À mon arrivée, une des premières décisions a été de réduire les effectifs de l’association, des plus jeunes jusqu’aux U15, avant même de parler du centre de formation. Il s’agissait d’un projet inscrit sur quatre ans. Nous sommes passés d’environ 160 joueurs à 90. L’objectif n’était pas de « remercier » des enfants, mais de moins recruter pour pouvoir accompagner plus longtemps ceux qui sont chez nous. Il n’y a rien de pire que d’entrer dans une logique de brassage permanent, en prenant des joueurs pour ensuite s’en séparer à 10, 12, 13 ou 14 ans. Nous voulons les suivre sur des projets à moyen et long terme. »
« Un joueur formé près de chez lui a davantage de chances de réussir »
Dans une démarche de confiance avec les clubs ?
« Oui, en recrutant moins, nous allions véritablement chercher le meilleur joueur de chaque structure. Cela a aussi permis d’installer l’idée qu’un jeune peut progresser autant dans son club formateur que chez nous, lorsque nous ne sommes pas totalement certains de le faire venir. Aujourd’hui, sur les catégories U9 à U11, nous travaillons avec des effectifs réduits, entre 10 et 12 joueurs par équipe. Pour les catégories à 11 (U13, U14, U15), nous nous situons entre 16 et 18 joueurs maximum. Je ne souhaite pas aller au-delà, pour garantir à chacun du temps de jeu et un accompagnement de qualité. Moins nous avons de joueurs, plus nous pouvons nous concentrer sur eux, et donc mieux nous pouvons travailler. Dans le centre de formation, nous comptons désormais une trentaine de joueurs issus de l’école de foot et de la préformation. »
Prioriser les joueurs locaux a-t-il un impact réel sur la progression et l’épanouissement du joueur ?
« L’enjeu central est l’équilibre, et cet équilibre repose en grande partie sur la famille. Sur les 65 joueurs du centre de formation, une quarantaine viennent de la région et une vingtaine de la région parisienne. Le week-end, beaucoup peuvent rentrer chez eux et les parents peuvent facilement se déplacer pour les matchs. C’est un véritable privilège. Les données de la DTN montrent qu’un joueur formé près de chez lui a davantage de chances de réussir, parce qu’il bénéficie justement de cet équilibre familial régulièrement présent. »
« Notre priorité reste de former des joueurs »
C’est à dire ?
« Concrètement, cela peut se traduire par un retour au domicile une ou deux fois par mois, ou, pour les nombreux joueurs originaires de la métropole lilloise, par un retour hebdomadaire après les rencontres du week-end. Ils disposent ainsi d’un temps à la maison d’une ou deux nuits, ce qui est, à mes yeux, indispensable. Les résultats sportifs confirment cette orientation : même si notre priorité reste de former des joueurs pour le monde professionnel plutôt que de remporter des titres, nos équipes de jeunes obtiennent de très bons résultats au niveau national depuis plusieurs saisons. »
J’ai bien compris que tu ne fermes pas la porte aux joueurs de la région parisienne, mais certains ont peut-être besoin de se délocaliser pour se consacrer pleinement au football ?
« Là encore, tout est une question d’équilibre. Parmi les joueurs parisiens, certains restent davantage au centre parce qu’ils s’y sentent bien, ou parce qu’ils ont besoin de s’extraire de leur contexte familial. Je ne vais pas les obliger à rentrer systématiquement. Nous sommes très attentifs à l’environnement des jeunes que nous faisons venir : la manière dont cela se passe autour d’eux, la stabilité de leur entourage, les conditions de vie. »
« Dans la plupart des cas, la pression vient des parents »
Tout le monde ne bénéficie pas des mêmes chances…
« Exactement, certains jeunes n’ont pas un encadrement ou un entourage qui leur permet de s’épanouir à la maison. Dans ces cas-là, notre responsabilité est d’autant plus importante. Avant d’être entraîneurs ou formateurs, nous sommes des éducateurs. Nous intervenons donc dans le projet global du jeune, dans sa construction personnelle. Pour une large majorité, autour de 95 à 97%, les garçons trouvent cet épanouissement grâce à l’équilibre familial. Pour une minorité – deux ou trois joueurs – qui ne peuvent pas rentrer le week-end, soit par impossibilité matérielle, soit parce que le contexte ne s’y prête pas, le centre devient alors un lieu de vie et de stabilité. »
Ce sont les parents qui sont plus ambitieux et exigeants que les enfants, ou l’inverse ?
« Dans la plupart des cas, la pression vient des parents. Il ne s’agit pas de généraliser, car j’estime avoir la chance de travailler avec beaucoup de familles très à l’écoute, qui savent garder leur place. Mais il reste malgré tout des parents, pères ou mères, trop présents sur l’aspect sportif, alors que ce n’est pas leur domaine de compétence. Je rappelle souvent que, lorsqu’ils choisissent un club, quel qu’il soit, ils font confiance à la personne et à la structure qui encadrent leur enfant. L’éducateur, qu’il intervienne en club amateur ou en club professionnel, est là pour une raison. Si les parents ont payé une licence, c’est qu’ils reconnaissent cette légitimité. »
« Nous avons dû adresser des avertissements »
Concrètement, comment ça se met en place ?
« À Valenciennes, nous donnons aux parents un espace spécifique. Certains clubs professionnels ne les autorisent pas à assister aux séances ; de notre côté, nous les y autorisons, mais dans des zones situées à l’opposé des entraîneurs et des bancs de touche, afin d’éviter les interférences et la captation permanente du regard des parents par les enfants. Beaucoup de jeunes se demandent sans cesse : Est-ce que papa a vu ce que j’ai fait ? Il faut limiter cet effet. »
Avez-vous connu des débordements ?
« Il nous est déjà arrivé d’être confrontés à des comportements familiaux incompatibles avec le cadre que nous souhaitons instaurer. Dans certains cas, nous avons dû adresser des avertissements. Voire aller jusqu’à l’exclusion, lorsque les attitudes des parents étaient en totale contradiction avec nos valeurs et notre projet éducatif. »